Enceinte sans être mariée ?

D’abord, soyons clair ! Je ne suis pas la Vierge Marie. Je suis bien tombée enceinte de quelqu’un, forcément ! Et qui est le père ? Mais de quoi vous mêlez-vous ? N’ai-je pas mon lot de problèmes ? Demandez-moi autre chose. Comment je vais par exemple. Ça m’aiderait à mieux supporter mes journées.

Mon histoire est longue. Mais je vais vous la faire courte. Enfin, je vais essayer.

Tout s’embrouille dans ma tête. Je reviens quelques mois en arrière. Un matin, alors que je ne doutais pratiquement plus, je décide tout de même de faire un test de grossesse. Je suis réglée comme une horloge. En temps normal, à pareille date, j’aurais eu mes menstrues. Je dois faire face à la vérité. Mon souffle se coupe. J’arrête de respirer. Je vois flou. Mais je vois quand même. Les deux barres sont bien là.

Je rigole. De nervosité. Je ne suis pas sûre que fondre en larmes puisse m’aider. Et puis, après tout, je l’ai vu venir. Et donc je m’assois. Je recommence à respirer. Doucement. Puis rapidement. Mon cœur bat à 100.000 à l’heure. Je me sens perdue. Que faire ? Annoncer à mon copain que je suis ENCORE enceinte ? Que la pilule du lendemain, que je lui ai juré avoir pris, n’a servi à RIEN ?

Il va encore me crier dessus. Vouloir me forcer à avorter. Comme il l’a fait avec la première grossesse. Je n’arrive pas à effacer de mon esprit sa réaction de l’époque. Il avait changé de ton, de visage, (de corps aussi, avais-je eu l’impression). Il m’avait sommé de me débarrasser de ce bébé. Et je l’ai fait. Je ne me rappelle pas qu’il m’ait donné de choix, la Moi d’avant était accro à lui, et sans défense. Je l’ai écouté.

Mais pas cette fois. Cette fois-ci, j’assumerai. Avec ou sans LUI. J’ai grandi entre-temps. Mon mental s’est aiguisé. Je ne referai plus la même erreur. Je n’arrête pas de me dire que j’ai peut-être des craintes non fondées. Cela fait un moment qu’il me chante mariage. Au début, j’hésitais car je suis au chômage. Je n’aimerais pas être une femme au foyer. Demander tout à mon mari, jusqu’au sel pour la cuisine. Mais cette grossesse est sûrement la réponse à mes questions. S’il assume, je pourrais envisager le mariage. Sinon, ben, j’aurais au moins la certitude que ce n’est pas l’homme qu’il me faut.

Je crains quand même de le lui annoncer. Sa réaction d’il y a quelques années m’a définitivement traumatisée. Deux semaines, et je n’arrive toujours pas à le lui dire. Il va bien falloir pourtant. Si je mets beaucoup de temps, il risque de nier la grossesse. Mais je ne peux plus lui faire face pour ça. Je n’ai pas la force de subir encore ses humeurs et son sale caractère. Je lui envoie donc un audio. C’est odieux je sais, mais au moins, je n’assisterais pas à une scène. Il met du temps pour répondre. Et puis enfin, sa réponse est là. Toute simple, toute claire. Pas de confusion possible. Ce n’est pas son enfant. Que j’en fasse ce que je veux. Lui, il s’en lave les mains. À la limite, il passera me voir à la maternité quand j’accoucherai-comme il ferait pour n’importe quelle connaissance.

J’hallucine. Ça ne peut pas être vrai. Ça ne peut pas m’arriver, à moi. Sauf que c’est bien à moi que ça arrive. Je ne rêve pas. C’est réel. Je suis enceinte. Je serai fille-mère. Et le papa du bébé ne veut pas entendre parler de lui. Ok. Tumire amate tubandanye.

Ma mère, comment vais-je lui dire ?

Je commence à peine à accepter ce qui m’arrive, que je me souviens que je vais devoir l’annoncer à ma mère. Que je ne pourrais pas cacher ma grossesse à tout le monde, indéfiniment. Ooh, et ces jugements que je vais devoir entendre et supporter ! Le sol s’écroule sous mes pieds, de nouveau.

Devrais-je aussi envoyer un message à ma maman pour le lui dire ? Je suis tombée sur la tête. Cette fois, je n’ai pas d’échappatoire. Je vais devoir l’affronter. Et affronter sa réaction. Je vais devoir la décevoir. En face.

Un mois passe. J’ai du mal à trouver les mots. Et puis un jour, je me jette à l’eau. Je décide de le lui annoncer. Mais à peine ai-je ouvert la bouche qu’elle me dit qu’elle savait déjà. Les mamans et leurs intuitions, ce n’est donc pas un mythe ! Pourtant, je ne vomis pas. Je mange du tout. Je ne suis aucunement affecté physiquement. Enfin, pas encore. Comment a-t-elle su ? Mais bon, l’essentiel c’est qu’elle me soutienne. Elle me comprend. Elle, toute ma famille, tous mes amis proches. Je suis bon. Je n’ai plus à m’inquiéter.

Et dans la rue alors ? Nzoca he ?

Cela fait un moment que mes nuits sont meublées de pleurs, d’inquiétude. De questionnements. Mon physique a pris un sacré coup. Des kilos s’accumulent. Mais le pire, ce sont ces gens qui ne peuvent s’empêcher de commenter. De juger. J’ai déjà pas mal d’ennuis comme ça. À cela je vais devoir ajouter les « Yooo, wavyibushe ! », « Warahevye sport ? Fais un régime ! », « Oh, tu es enceinte ? » Des questions à en perdre les pédales. Et la pire de toutes : « Qui est le père ? » Sérieux les gars ? C’est tout ce qui vous importe ?

Je ne peux plus me rendre à l’église sans que tous les regards ne me fixent (Nta mahoro ku munyavyaha !) Je ne peux plus sortir de chez moi sans que les langues se délient. Mais qu’est-ce que j’espérais ?

Pas de boulot. Pas assez d’argent pour combler mes envies de grossesse. Mes journées se succèdent. Elles se ressemblent toutes. En vrai, elles ne ressemblent à rien.

Mais le temps guérit vraiment les blessures. J’apprends à m’accepter. Petit à petit. À accepter ce qui m’arrive. À vivre ma grossesse sereinement. À prendre du poids sans avoir honte. Ma vie a changé après tout. Et je vais devoir avancer. Je vais avancer. Je n’en mourrai pas. Dieu m’aidera. Il m’a beaucoup aidé jusque-là.

Témoignage recueilli par Kanje. 

#MamansSousLeChoc    #témoignage  #Kanje

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Commentaires

  • Anonyme

    15 avril 2021 at 6:32 pm
    Reply

    Franchement ngo qui est le père comme si il y avait que qui les intéresse. Perso un enfant hors ou pendant est une bénédiction...

  • Anonyme

    15 avril 2021 at 10:09 am
    Reply

    Big Shout Out to her..wasn't easy for you

    • Arcade
      to

      15 avril 2021 at 11:23 pm
      Reply

      Je souhaite bon courage à ttes ces braves filles abandonnées et meurtries ....vous n'êtes pas seules soyez en rassurées et merci aux initiateurs de […] Lire plusJe souhaite bon courage à ttes ces braves filles abandonnées et meurtries ....vous n'êtes pas seules soyez en rassurées et merci aux initiateurs de "kanje" bravo à vous Read Less

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