On ne va pas se mentir ! Pas un seul jour, avant mon accouchement, où je ne me suis demandé si je devais ou non demander la péri. On raconte beaucoup de ces choses sur elle. Des trucs flippants. Et puis, dans un coin de la tête on se dit : « Il y a quand même des milliards de femmes qui l’ont fait avant moi, et SANS péridurale. Je peux bien y arriver. » Et bien moi, j’ai fait mon choix. PERIDURALE, PERIDURALE, PERIDURALE. Je l’ai testé pour vous, elle est génialissime !
Alors, comment vous raconter ça (Emoji qui réfléchit)? Je me suis rendue trois fois aux urgences, convaincue que le moment tant attendu était enfin arrivé. Et à chaque fois, la sage-femme de garde (la même en plus, baramuntumye ?) avait un malin plaisir à me dire : « Ce ne sont que des fausses contractions. Madame, quand ce sera le moment, vous ne passerez pas à côté.» Je l’ai détesté cette bonne dame. Et toutes celles, avant elle, qui me sortaient cette fameuse phrase (grrrrrrr). Jusqu’à ce que je me rende compte de la rigueur de LEUR vérité.
J’avais dépassé le terme. Mon gynéco a dû déclencher l’accouchement. Mais comment dire ? Il a juste fait ses petites « incantations » vers 13h et m’a demandé de rentrer, attendre à la maison. Au calme quoi ! Vers 14h, mes contractions commencent. Elles sont moins fortes, espacées. Elles me paraissent même cool, comparé à ce que j’avais entendu dire. En vrai, je commence à me dire qu’elles sont peut-être fausses. Comme toutes celles qui m’en ont fait voir de toutes les couleurs ces derniers temps.
Je bois mon thé chaud, tranquille. Même pas peur. Si ce n’est que ça, ou peut-être un petit peu plus, JE VAIS GERER. Pas de doute. Je prends un bon bain, je m’allonge. J’arrive même à dormir. Rien de nouveau sous le ciel. Et puis… taraaaaaaaaaaaaaa ! Horreur. Néant. J’ai mal. Non. Je souffre. Enfin, je ne sais pas trop. Je ne sais pas si j’ai mal au ventre, au dos, ou si mes membres, un à un se détachent. Une minute et ça se calme. Je souffle. Je n’ai pas fini de me remettre de ce qui vient de se passer que… encore l’Horreur ! Et ça s’enchaîne. Encore et encore. Ça ne s’arrête plus.
Je commence alors à puiser, au plus profond de moi, tout le courage que j’ai épargné ces neufs derniers mois. Toute cette force que j’ai fabriquée dernièrement, il me la faut aujourd’hui. Je suis sûre maintenant. Plus de doute. Le jour J c’est AUJOURD’HUI.
21H. J’ai du mal à respirer. J’ai l’impression que la douleur paralyse mon cerveau. Les fameuses « 2h de contractions toutes les 5min, pour le premier accouchement » ne m’ont jamais paru aussi ridicules. Je n’ai plus le cœur à la discussion, moi qui rigole de tout d’habitude. Mes contractions sont intenses et collées les unes aux autres. Je dois aller à l’hôpital. JE VEUX ALLER À L’HÔPITAL !!!
Quel soulagement quand j’arrive dans la salle de travail, que l’on pose le monitoring et qu’ENFIN j’entends : «Ce sont des contractions de travail. Elles sont fortes ! » 22H. Un instant j’oublie ma douleur. J’ai envie de me lever de la table, d’embrasser cette sage-femme annonciatrice de bonne nouvelle, de danser le Tango et de crier victoire. Mais la douleur revient si forte que je descends vite de mon petit nuage.
Et puis, je vais de déception en déception quand, chaque 30min, après checking sous le capot, on me dit qu’il n’y a pas d’évolution. Monsieur Mon Bébé n’a pas l’air pressé de sortir. Je me dis quand même que ça va aller. Que d’ici demain matin, tout sera fini. Que je serai dans la joie. Alors je supporte. Je souffre le martyr. Mais je ne vais pas en mourir, c’est sûr.
8H du matin. Une nouvelle équipe médicale arrive. Check encore. Toujours rien. Mais je n’ai pas passé cette nuit d’horreur pour finir en césarienne d’urgence. J’ai comme envie de me convaincre qu’il y aura un miracle. Que d’un coup, tout va aller tellement vite que je n’aurais pas le temps de réaliser.
9H. Toujours rien. Je commence à baisser les armes. A baisser les bras. Je n’en peux plus. Je me décourage certainement. Je suis convaincue que cette histoire finira en césarienne. Donc autant abréger mes souffrances. Qu’on en finisse BON SANG !
9H30’. RIEN. Mon gynéco est décidé à me pousser à bout. De toute façon, sa mission est déjà un gros succès. Moi, j’ai abandonné. Je veux que ça cesse. J’ai l’impression que personne ne comprend ça. Je déteste tout le monde. Des larmes commencent à couler. JE N’EN PEUX PLUS. Je suis vraiment fatiguée. J’en ai marre.
10H. Je demande la péridurale. Je ne suis même pas dilatée à 2cm. Alors que pour la péri, il faut 4cm, m’a-t-on dit. Sauf qu’à cet instant, je ne négocie plus. J’EXIGE la péridurale. Ou un coup de batte sur la tête pour m’assommer. Aux médecins de juger. En tout cas, je ne veux plus souffrir autant. Mes limites sont atteintes. Non, mieux. Dépassées.
On m’emmène dans la salle d’accouchement. Quelques minutes plus tard, la péri est posée. J’ai demandé une, bien dosée, pour ressentir tout sans trop souffrir. Je n’ai pas non plus envie d’être paralysée. D’assister à mon accouchement sans en être l’actrice principale. Et MIRACLE ! Je peux enfin respirer. Je me surprends même à faire des blagues (Je crois que je ne mourrai pas aujourd’hui). Ma poche des eaux est percée. Mes contractions continuent. Elles sont fortes. Enfin, je ne les ressens pas. Je les vois sur le monitoring. Et j’en ris. J’ai mal. Un peu. Peut-être plus du tout. En tout cas, je le sens bien cet accouchement. Je retrousse les manches. Je suis prête cette fois. On peut y aller (Hahah) !
12H57’. Tout s’est déroulé comme sur des roulettes. Mon bébé est là. Je le regarde avec curiosité. Il me fascine. Je l’aime, je crois. Et j’aime tout le monde maintenant. Et j’aime encore plus ce génie qui a pensé à la péridurale. Oh mais, quelle créature de Dieu.
Bon bref, maintenant que tout est accompli, que je suis redevenue lucide, permettez que je me pose quelques questions à haute voix (ou plutôt par écrit).
* Si je dois accoucher à nouveau, vais-je demander la péri ?
Réponse : Vous connaissez déjà la réponse. Et pas qu’un peu ! Je CRIERAI qu’on me la pose dès le début. S’il le faut, je menacerai les médecins avec une arme.
* Ok. Mais choisir la péri, c’est choisir la facilité ! Allez-vous me dire, en bons africains, adeptes de l’enfantement dans la douleur.
Réponse : Peut-être. Mais pourquoi utiliser un Nokia 3310 à l’heure des smartphones. Pourquoi n’envoyez-vous pas des lettres à vos amis via la poste, plutôt que via Whatsapp et consort ? Après, chacun son niveau de sadisme !
*La péridurale, est-elle chère ?
120.000 FBU m’a-t-on dit. Mais elle en vaut vraiment le coup, après essai. Et si jamais je n’ai pas les moyens de la payer la prochaine fois, j’irai cambrioler une banque (Casa de Papel, ndagutahije !)
*Mais elle n’est pas sans risque ?
Ah ça, je ne puis vous dire. En tout cas, tout s’est bien passé pour moi. Rien ne dit que ce ne sera pas pareil pour vous. Au fond, l’accouchement en soi est un risque !
Cordialement,
Momie