«La césarienne, pas si horrible !»

Pendant très longtemps, le mot « césarienne », me faisait trembler. Non seulement parce que j’étais dans l’ignorance totale de ce que ça pouvait être, mais aussi par le simple fait qu’au Burundi, quand on annonçait « Telle a eu un bébé », la première question est toujours : « Yoooh yavyaye neza canke par césarienne ? »  (Umenga ni affaire publique). Comprenez alors pourquoi, dans ma tête, la césarienne c’était la mort. Se faire charcuter tout simplement.

Il m’a fallu y passer pour comprendre. Et je vous assure que ce n’est pas aussi dramatique que je le pensais.

Eh bien, veuillez attacher vos ceintures ! Je vous embarque dans mes délires.

Mon interminable dernier mois de grossesse

Je vous promets qu’aussi bonne soit ta grossesse, le 8e mois semble durer à lui seul plus de 365 jours (et ça, c’est peu dire !). Tu as l’impression que ça fait deux ans que tu es enceinte. Et tu n’as qu’une envie, voir enfin ce bébé. Je vous épargne le fait que tu galères pour trouver la bonne position pour dormir. Et encore heureux qu’il y ait les coussins de grossesse.

Par où vais-je commencer pour vous dire que moi, qui à la base avais peur des piqûres, j’avais fini par m’y habituer ! Vu que je devais passer au labo chaque mois, pour une prise de sang, avant que ça ne devienne hebdomadaire pour le dernier mois.  Je vous ai déjà dit que je ne le sentais pas trop ce dernier mois. Je me suis mise à parler tous les jours à mon « Petit Miracle » en lui demandant de sortir le plus tôt « de ce corps » (hahahah).

Honyene mon bébé était prévu pour le 21 Décembre, ce qui voulait dire que j’avais beaucoup de chances de passer Noël en maternité. Et ça, ce n’était pas dans mes plans. Vivement la technologie par laquelle j’étais au courant du développement hebdomadaire de bébé et ma gynéco qui confirmait. Du coup, je savais que s’il venait deux semaines avant le terme. Ça ne serait pas mal, et de toutes façons, son développement était déjà au complet.

Et soudain, ma grossesse prit une autre tournure  

Ces prises de sang ont fini par révéler que les chiffres des plaquettes (oui, j’ai eu la même tête que vous, en entendant ce mot pour la première fois) n’étaient pas du tout stable. J’ai donc dû faire une centaine de visites médicales (j’exagère) , changer de labos, afin de pouvoir bien vérifier et surtout comparer les résultats.

Vous savez déjà combien j’adore ma gynéco ? Elle m’a expliqué en de termes très simples : « Si les chiffres des plaquettes ne sont pas stables, c’est à dire qu’il y a de gros risques de saignement pendant l’accouchement, et surtout on ne peut pas poser une péridurale dans de telles conditions. Mais également, il te faudra aller accoucher dans un hôpital bien équipé pour ça. » (Ici en France, on parle d’hôpital quand c’est dans le public et de clinique quand c’est le privé.)

 Je commence à flipper, à l’idée que ça ne soit pas elle qui m’aide à accoucher. C’était comme si elle allait me laisser terminer l’aventure commencée ensemble. Nooonnnnnn !!! Pas de trahison dans cette affaire !

Elle me rassura en me disant d’aller d’abord faire des examens à l’hôpital dont elle m’avait parlé. Et quand j’y arrive, l’accueil ne fut pas du tout drôle. Et pire, la sage-femme m’a sorti une de ces phrases, tu as l’impression de recevoir une claque en pleine figure : « Avec ces chiffres, et bien madame, vous n’allez pas accoucher avec votre gynéco, elle ne va pas oser prendre un tel risque. Il n’y a qu’ici qu’on peut le faire ».

C’était comme si elle dénigrait mon adorable gynéco. Et comme une enfant, je ferme les yeux et fais ma petite prière, « Seigneur, c’est plutôt cette sage-femme qui ne va plus me revoir, et je ne vais pas accoucher ici ! NTUBIKINISHE Mana» J’avais des larmes aux yeux, je me sentais tellement désarmée que j’ai même demandé que les résultats soient erronés. MWIBAZE. 

Après, une longue journée riche en ‘’phrases nulles’’, monitorings et festival de touchers vaginaux,  je rentre à la maison. Et le lendemain, ma gynéco me rappelle pour me dire qu’elle avait eu les résultats et qu’on en reparle au prochain rendez-vous qui était la semaine suivante.

Le miracle s’était produit, oui je devais continuer avec les prises de sang, les monitorings pour voir comment le bout de chou allait, mais il y avait une autre option plus cool : commencer les cures d’acupuncture avec ma vraie sage-femme. (J’en avais une autre sha !) Il paraît que ça aide à dilater le col, sauf quand il a d’autres plans comme le mien.

Au bout de quatre séances, on arrêta les cures, ma gynéco me parla de la fameuse césarienne qui, cette fois avait l’air si cool et plus salvatrice, car non seulement je n’allais plus accoucher à cet « horrible hôpital, mais non plus revoir KARABA la sage-femme ! »

BON À SAVOIR :  Mesdames, il est important d’avoir un(e) gynécologue avec qui vous vous sentez à l’aise, et surtout qui vous propose un suivi régulier de grossesse. S’il/elle ne le fait pas, demandez-le !

Youuupiii ! Hallelujah, je suis sauvée !

Le rendez-vous est programmé pour 10 jours avant le terme de ma grossesse. Je repars, en décidant de garder secret cette date, vu que tout le monde dans mon entourage semblait vouloir me convaincre que ce bébé ne viendrait pas avant noël comme je le souhaitais. On me disait, ‘’Umwana wambere arateba sha Gaga, reka KWISHUSHA. TEKANA. ‘’

Et lors de ma dernière semaine de grossesse, je me suis fait faire les ongles et un massage. Et j’étais prête à aller ramener ce bébé à la maison.

Alors ça se passe comment la césarienne ?

La veille, je passe la nuit à la clinique,

Rencontre avec ma gynéco,

Mon anesthésiste passe pour me rappeler comment ça va se passer,

Une armée de sage femmes et infirmiers passent pour me dire qu’ils sont et seront là pour moi et le bébé,

Bref, je dors paisiblement et je rêve même pour la première fois de mon bébé, en lui donnant un visage.

Le jour J

On passe me rappeler d’être prête à 10h, et moi j’étais réveillée depuis 6h. J’avais déjà pris une bonne douche, ma prière était déjà faite. Je n’attendais qu’eux.

Dans le bloc, avant de me poser l’anesthésie, on a bien rigolé en parlant de Mukeke, de frites,  de Fruito et de beaux paysages du Burundi.

Et soudain, je sens comme si je m’étouffe , j’ai la plus grande peur de ma vie. Je leur dit que je manque d’air, que j’ai l’impression de partir et tomber dans un grand fossé, et c’est à ce moment précis que je comprends finalement le terme :  » SIMBA IMANGA ». On me file un coup d’oxygène et tout redevient normal. On me dit alors que ça arrive souvent lors de la pose d’une anesthésie.

À midi,

Ma gynéco est là,

Le papa aussi est avec moi,

Et seuls les membres inférieurs ne sentaient rien, sinon j’entends tout et surtout la sortie de ce bébé qui me fait fondre comme… Gaga sous le choc.

À 12h28, je vois ce petit être humain. Je l’aime d’un amour dont j’ignorais l’existence. On le pose sur moi avant de l’emmener faire tous les tests, et il fait le peau-à-peau avec son papa aussi. Puis, moi, je les rejoins après qu’on est fini littéralement de me faire une bonne couture, qui sera l’une des meilleures marques de cette vie de maman.

L’Après,

Au bout de 4h après l’accouchement, je pouvais me mettre debout, et marcher jusqu’aux toilettes. On m’avait injecté pas mal d’anti-douleurs, morphines.

Voici en bonus une petite liste de changements qui peuvent vous laisser définitivement sous un choc

*Ce corps qui semble n’avoir pas délivré le bébé, et bien le ventre est toujours bien bombé.  Donc désolée si tu pensais qu’après l’accouchement tu allais vite te mettre à dormir sur ton ventre.

*Vive ‘’les couches maternités’’ et leur confort pour bien gérer le robinet de sang ouvert, MANA !

*Les seins qui prennent un volume fou et te font mal. Mon Dieu, je me suis sentie comme « une vache ».  I wasn’t ready ! Mais heureusement qu’il y a des sages-femmes pour te dire comment les désengorger.

Bref, je dirai comme cette autre femme « Mon corps, ce héros ». À ma sortie de maternité, jusqu’au dixième jour après l’accouchement, une infirmière passait à la maison pour m’injecter « des trucs » pour faciliter la coagulation de mon sang.

Duheze ndababwira nti : « La césarienne n’avait vraiment rien d’horrible ! »

Gaga Ancilla. 

 

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