Quand je me suis mariée, je m’attendais à tomber enceinte aussitôt. C’est la logique, non ? Quand on veut un bébé… Et puis, de toute façon, ce n’est pas comme si notre société nous donnait le choix. Vous vous mariez, vous faites des enfants. Point.
Bref, c’est sans compter les aléas de la vie. Et pour revenir à mon histoire, je me rappelle les premiers mois qui ont suivi mon mariage. Quand je passais dans la rue, les gens qui s’arrêtaient pour me saluer ne pouvaient s’empêcher de glisser leurs regards sur mon ventre. Curiosité ou échographie, je ne suis pas plus fixée aujourd’hui. Et les plus osés (bamwe umenga uwo mugambi turawusangiye) me demandaient sans détour : « Nta gishasha ? (Rien de nouveau ?) »
La première année, tous ces petits commentaires- tout à fait déplacés- me passaient au-dessus. Je me disais qu’après tout, il n’est pas encore trop tard. Et ça ne nous déplaisait pas plus que ça de profiter de notre vie de couple, avant l’arrivée d’un bébé.
Et l’inquiétude qui s’installe…
1 an, RAS ! On commence à s’inquiéter, mon mari et moi. On décide de consulter pour au moins être fixés. Effectivement, il y avait un problème, et nous faire soigner coûtait excessivement cher. On a alors décidé de mettre le projet « bébé » en stand-by, le temps de nous en donner les moyens.
2ans. Puis 3. Toujours rien. C’est là que je commençais à ressentir le poids de ce souci sur mes épaules. Après tant de temps, même les gens ne demandent plus. Ils ont déjà conclu qu’il y a problème, forcément. Ils commencent alors à te regarder avec une certaine pitié. Comme si tu étais démunie. Tu n’es pas normale. Tu fais pitié.
Tout ce cirque a finalement eu raison de mon moral en béton. J’étais affectée. Je ne me trouvais plus entière. Je me sentais comme amputée, pas conforme. Je me demandais pourquoi c’est à moi que ça arrivait. Pourquoi Dieu m’a choisi, MOI, pour souffrir de ce manque ? Pour endurer cette humiliation. Oui, humiliée. Parce que tu te sens ainsi, face aux regards de certains. Tu te sens incapable. Comme si tu pouvais appuyer un bouton et tout débloquer.
J’étais très affectée mentalement. Mon moral était au plus bas. J’étais désespérée. Surtout quand quelqu’un me demandait : « As-tu un enfant ? » Je répondais que non. Pas encore. Et le silence s’installait. Le genre de silence plus éloquent que la gifle de Macron. Et la personne, comme pour m’encourager, me donnait l’exemple d’une cousine à elle qui a fait 10 ans de mariage avant d’avoir un enfant. Elle finissait de m’achever, croyant bien faire. 10 ans? Donc, si je comprends bien, 3 ans d’attente ce n’est rien. Je vais devoir être plus patiente, plus rôdée.
Je commençais alors à prier au fond de mon cœur, sans oser formuler la prière que Dieu fasse que je tombe enceinte. Juste ça. Savoir ce que ça fait basi. Et s’il juge que je ne mérite pas d’avoir ce bébé, de le reprendre aussitôt. Une fausse couche. Une lueur dans mes ténèbres. Quelque chose sur quoi m’accrocher. Et quand arrivaient mes menstrues, chaque mois, pile à temps, c’était le coup de grâce.
J’étais vraiment au plus mal. Mais j’étais convaincue que s’il y avait au moins une fausse couche, je retomberais enceinte aussitôt. C’était ma porte d’entrée. Il m’a fallu un bout de temps avant de comprendre que je faisais une mauvaise prière, dans un moment de désespoir total. Mais je me suis ressaisie, et avec mon mari, nous avons appris à naviguer ce monde. Après tout, combien de couples ont un enfant mais ne s’entendent plus ? Ne se supportent plus ? Alors qu’entre mon mari et moi, cette attente n’a jamais était source de conflits. Au contraire, on se soutenait mutuellement, et c’était loin d’être rien.
J’ai commencé alors à créer des ondes positives autour de moi. À ne plus me sentir marginale. À m’accepter. À mieux supporter le quand- dira-t-on. Après tout, en restant malheureuse, pouvais-je y changer quelque chose ? Les enfants ne sont pas donnés par un distributeur automatique. Je l’ai bien compris. Cette attente m’a appris à être patiente. Et le lâcher-prise a payé. Mais ça, c’est une autre histoire.
Témoignage recueilli par Kanje
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